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Exposition Japon 2017 “Théodore Chassériau : Parfum exotique”

                

 Inauguration du “Théodore Chassériau : Parfum exotique” au Musée national de  l'Art occidental de Tokyo

 

 Lundi 27 février 2017

 

Les portes du musée s’ouvrent à 12:50 et déjà quelques dizaines de journalistes attendent. Je suis accueillis par les coordinatrices de la chaîne de télévision TBS (Tokyo Broadcasting System) et présenté à mon interprète qui j’apprendrai quelques heures plus tard, habitait rue de Bourbon le château en face de là où nous habitions. Nous fixons quelques points de détails sur le discours de 2mn qui m’a été demandé de prononcer puis rejoignons la presse pour une première visite de l’exposition. Je retrouve Megumi Jingaoka, la conservatrice et commissaire de l’exposition et à sa demande prononce quelques mots à l’attention des journalistes. Chassériau est présenté comme un peintre qui n’est pas très connu bien que présent dans les collections des plus grands musées. Hubert Robert qui a eu également son exposition au musée avait été présenté lui aussi comme un ‘inconnu’. Le but affiché par le Musée national de l'Art occidental de Tokyo est de sortir des sentiers battus et présenter quelque chose de nouveau. Le 19ème siècle est semble-t-il très recherché des Japonais. Les salles s'enchaînent dans un ordre thématique qui donne un aperçu complet de l’œuvre de Chassériau alternant régulièrement les œuvres de l’artiste, celles des artistes directement inspirées de Chassériau, des documents et enfin les reproductions en grand format et disposées en hauteur, des fresques de Saint Meri et Saint Roch. Celle de Saint Roch représente Saint François-Xavier, saint patron des missions catholiques au Japon. Le parcours est très didactique et parfaitement adapté à un public découvrant Chassériau pour la 1ère fois. Il est composé d’une centaine d’œuvres réparties par thème dans des salles qui se différencient élégamment par la couleur de leurs murs. Le visiteur est successivement incité à lever les yeux pour observer les fresques disposées dans une salle dotée d’une grande hauteur sous plafond, une tapisserie d'Aubusson impressionnante et inspirée d'une fresque de la Cour des comptes, et à les baisser sur les vitrines accueillant la correspondance du peintre. Tout concours à ce que chaque salle soit une surprise. Le parallèle avec certaines œuvres de Puvis de Chavanne, Moreau, Redon est frappant et témoigne de l’empreinte que laissa sur eux Chassériau.

 

La “Nymphe endormie” représentant Alice Ozy est entourée sur sa gauche d’un nu de Courbet réalisé 8 ans plus tard, qui souffre difficilement la comparaison avec la nymphe endormie de Chassériau. Autant celle de Chassériau est élégante autant celle de Courbet peut sembler à certains “vulgaire”. Un grand rideau vient cacher quelque peu le nu de Courbet et la nymphe endormie sans doute pour prévenir les âmes sensibles. Présenté comme “Baigneuse endormie” au Salon de 1850, le titre initial donné par Chassériau “Nymphe endormie” donnait une couleur mythologique à cette œuvre et évitait le scandale. Première peinture de l’histoire de l’art montrant aussi distinctement la pilosité féminine, elle n’est peut-être pas sans étonner un public Japonais à qui toute représentation de la pilosité intime fut longtemps cachée. A droite de la nymphe est accroché le portrait dit de la “fille du Greco” à l’origine de la séparation de Chassériau avec Alice Ozy. L’histoire de ce tableau lacéré par Chassériau mais très bien restauré, devrait plaire. Quelques mètres plus loin se trouve la salle consacrée au portraits où alternent ceux de Chassériau et ceux de Ingres, Delacroix etc. Mademoiselle Cabarrus dont le visage a servi pour l’affiche, est présentée comme une femme au type plutôt espagnol et l’une des plus belles femmes de l'époque. Ce tableau commandé par le docteur Cabarrus se trouvait dans son salon. Il est rapporté qu’Ingres, venant en consultation, détournait son regard de cette peinture, non pas qu’elle ne fut pas réussie mais du fait que Chassériau s’était depuis éloigné de lui. Le portrait de Prosper Marilhat réputé être l’œuvre du Louvre réalisée par un artiste à son plus jeune âge (14 ans) côtoie celui célèbre et souvent reproduit d’Alexis de Tocqueville. Le portrait du comte Desages, directeur des affaires politiques prêté par le Quai d’Orsay est présenté au public pour la première fois. Il est bien plus beau que dans ses reproductions. Ce grand commis de l’Etat dont Chassériau a réussi à exprimer la droiture et l'intégrité du personnage qui avait détenu tous les secrets de la diplomatie française pendant 30 ans, montre une certaine malice. Un autre chef d’œuvre Diane et Actéon sortait d’une grande collection privée pour être exposé exceptionnellement.

 

14:30, la délégation française composée de Dominique de Font-Réaulx, conservateur général du Patrimoine et directrice du musée Eugène Delacroix, Marie-Pierre Salé conservateur en chef au Département des Arts graphiques du Louvre, son homologue du musée de La Rochelle et moi-même pour les Amis de Chassériau sommes présentés à madame Akiko Mabuchi, directrice du musée national de l’art occidental, monsieur Shuji Takashina ancien directeur du Musée national de l'Art occidental, et aux représentants des entreprises partenaires, la chaîne de télévision TBS et le 1er quotidien japonais Yomiuri Shimbun. La coordinatrice nous rappelle le déroulé de la cérémonie, réglée comme du papier à musique et ne laissant pas de place à l’improvisation.

 

15:00, la cérémonie débute devant un parterre de 180 journalistes venus pour cette visite inaugurale. La présentation des différentes institutions associées à l’exposition, suit un protocole bien rodé puis vient le discours de l’ambassadeur de France au Japon, Thierry Dana qui en 2 minutes arrive à restituer qui est le peintre, son originalité, ses origines de Saint-Domingue et par la même le lien avec l’Histoire de France ainsi que le caractère unique de cette exposition au Japon. J’entends mon nom et monte sur le podium provoquant quelques rires car mon tour n’était pas encore venu. peu de temps après, j’enchaine pour un discours de 2 minutes également insistant sur combien ce projet fut de longue haleine et semé d’embuche, qu’il faisait entrer Chassériau parmi les peintres français célèbres au Japon et remerciait Megumi Jingaoka pour l’exigence qu’elle s’était imposée dans la préparation de cette belle rétrospective.

 

 

Venait à présent une seconde visite. La qualité de la scénographie est d'emblée saluée par l’ambassadeur qui s'arrête sur le “passe-port” établi pour Chassériau quelques mois avant sa mort.

S’en suivent au gré des salles, les questions de visiteurs. Un professeur d’art de l’université spécialisé dans le 19e nous informe qu’une de ses étudiantes a consacré sa thèse de master aux fresques de Chassériau. La “nymphe endormie”, la “fille du Greco”, les portraits de Mademoiselle Cabarrus et Tocqueville retiennent l’attention du Public. Mais aussi les sujets religieux dont un est prêté par le Metropolitan Museum de New York. La sonorité du nom Chassériau plait. Il est d’après mon interprète élégant à la prononciation. Un tableau représentant une jeune femme dans ses pensées retient l’attention malgré sa petite taille. Le fait que le portrait de Tocqueville provient du musée de Versailles interpelle également. La raison pour laquelle il est accroché à Versailles probablement parce qu’il a toute la distinction lié au personnage et la beauté pour s’y trouver…

 

S’en suit un cocktail avec la presse et un second cocktail plus intime à 18:30. Le ministère de la Culture a choisi de remercier Megumi Jingaoka, pour sa contribution au rayonnement de la France au Japon, en lui remettant les insignes de chevalier des arts et des lettres. La cérémonie aurait pu être cocasse si Pierre Colliot, conseiller culturel et directeur de l’Institut français du Japon n’avait pas remis la main  sur la médaille oubliée à l’ambassade. Avec humour et subtilité, il fit patienter l’auditoire le temps d’aller la chercher. La journée s’acheva sur un délicieux dîner réunissant Akiko Mabuchi, directrice du musée national de l’art occidental, Megumi Jingaoka, conservateur en chef et commissaire de l’exposition, Hiroyo Hakamata, Dominique de Font-Réaulx du musée Eugène Delacroix, Elvire de Maintenant de la maison Christie’s, les représentantes de la chaîne TBS, Kazuko Fujita, Eri Yamada et moi-même.