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21/12/2014 - Blog de Stéphane Guégan sur la correspondance retrouvée de Chassériau

 

http://motsdits.blog.lemonde.fr/

 

D’autres voyages, d’autres voyageurs…

La très active société des Amis de Chassériau nous avait alléché avec l’annonce d’une «correspondance oubliée», laquelle devait contenir des lettres de Gautier et d’Alice Ozy, qui fut la maîtresse «tarifée» des deux hommes. On vient, en effet, d’exhumer des cartons familiaux plusieurs centaines de documents. Un grand nombre d’entre eux, confiés par le baron Chassériau à Léonce Bénédite, avaient déjà été exploités et cités dans la monographie de ce dernier. Connues sont aussi les lettres adressées à Gautier et celles d’Alice, toutes postérieures, comme on sait, à la mort précoce du peintre, et dictées par le désir de contrer les révélations désobligeantes des Choses vues de Hugo. De l’inédit, ce volume en propose beaucoup néanmoins; il touche souvent aux liens essentiels que l’art et la carrière de Chassériau nouèrent avec l’ancienne administration impériale et certaines des personnalités les plus impliquées dans la colonisation de l’Algérie. Pour ne citer qu’un exemple éloquent, on voit Henry Guillaume, qui avait été de l’expédition de Saint-Domingue en 1802, s’enquérir plusieurs fois des travaux du jeune prodige. En mai 1837, il demande ainsi à Frédéric Chassériau si son frère a enfin mis à exécution l’«envie de faire un tableau du débarquement à Marseille des Kabaïles [sic] envoyés d’Afrique par le maréchal Bugeaud». Bien avant de débarquer lui-même en Algérie, bien avant ses premiers chefs-d’œuvre inspirés par les populations arabe et juive d’Alger et de Constantine, Chassériau cède à son attrait pour les ressortissants de la seconde France. La fronde vibre déjà du jeune romantique envers Ingres, qu’on comprend mieux à la lecture du volume. De lettre en lettre, c’est aussi le réseau social, très utile et plutôt flatteur, de l’artiste qui reprend forme et s’offre à nous hors du manichéisme des historiens. L’annotation des lettres, partant,  pourrait être plus nourrie, il faudra aussi la nettoyer de quelques coquilles. L’une d’entre elles porte sur Louis de Cormenin, non pas le père comme indiqué, mais le fils, qui écrit à Chassériau peu de temps avant le décès du pourvoyeur de belles orientales: «Je désirerais de vous une tête de femme arabe sur un panneau de bois.» Gautier avait croisé Cormenin, à Oran, en août 1845 et traversé l’Italie à ses côtés, cinq ans plus tard. Il devait lui écrire en 1862: «J’ai passé avec toi les jours les plus heureux de ma vie.» Le génial Chassériau tenait aussi une place dans cette amitié inaltérable. SG

 

- Théodore Chassériau, Correspondance oubliée, édition présentée et annotée par Jean-Baptiste Nouvion, Les Amis de Théodore Chassériau, 2014, 19€. 

Disponible sur www.amazon.fr et www.barnesandnoble.com